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L'enclos des Fusillés

L'enclos des Fusillés
L'enclos des Fusillés
L'enclos des Fusillés


B-6600 Noville (Bastogne)

Web : http://home.scarlet.be/noville.old/page5.html

Description

Libre gratuit

Noville, comme de nombreux autres villages de l'Ardenne, a subit de plein fouet les violents combats menés entre les Alliés et les Allemands. L'enclos des fusillés rend hommage aux civils exécutés sans raison. Vivez le récit de cet épisode tragique.

Les 18 et 19 décembre 1944, Noville est le lieu de combats intenses entre les chars allemands, venu s'approprier le carrefour hautement stratégique de Bastogne, et les blindés du Combat Team du général Desobry. Malgré leur résistance, les troupes américaines sont contraintes de se replier vers Bastogne. Le village, alors aux mains des Occupants, voit ses hommes accusés de résistance. Le 21 décembre, les membres du commando de la Gestapo, sans doute Alsaciens, visitent chaque maison, chaque cave et rassemblent une vingtaine d'otages. Ceux-ci subissent des humiliations avant qu'un officier ne tire un papier de sa poche et lit les noms de ceux qui peuvent partir. Les autres, à savoir l'abbé Louis Delvaux, Roger Beaujean, Félix et François Deprez, Auguste Lutgen, Romain Henkinet, Joseph Rosière sont conduits à l'arrière d'une maison en ruine et fusillés. Le même jour, au même endroit, Michel Stranen, réfractaire au service militaire, subit le même sort.
Source: LALLEMANT Nadia, "Deux fils de disparus, Jean-Marie Lutgen et Emile Rosière, témoignent", in La Dernière Heure, 16 décembre 2004, http://www.dhnet.be/archive/sept-otages-fusilles-a-noville-51b81ed8e4b0de6db99efde2.

Voici le rapport concernant cette fusillade d'après la commission des crimes de guerre (Les crimes de guerre commis pendant la contre-offensive de von Rundstedt dans les Ardennes (décembre 1944-janvier 1945), à Noville-lez-Bastogne).

NOVILLE, 21 décembre 1944

Les faits
Après le repli des Américains qui ont défendu Noville, les troupes allemandes pénètrent dans le sillage et rassemblent une vingtaine d'otages en son centre. Entre huit et neuf heures du matin, deux officiers et un sous-officiers parlant correctement le français interrogent des villageois au sujet de la «Résistance».
Parmi les otages, quelques hommes sont choisis au hasard et conduits à la maison communale pour y être interrogés. (…) L'instruction est menée par un major et un interprète qui portent tous deux les dignes distinctifs des S.S. et parlent correctement le français.
L'interrogatoire terminé, les otages souffrent d'une humiliation gratuite. Emmenés non loin de la route principale, ils doivent, pendant un quart d'heure environ, ramasser de la boue avec leur mains avant d'être ramenés à la maison communale où cinq hommes, parmi les lus jeunes, sont choisis. Le curé et l'instituteur ont du se joindre à eux. Les autres furent autorisés à regagner leur domicile.
A un moment donné, l'officier allemand qui préside les opérations s'empare d'une mitraillette et dit aux sept victimes: «Placez les mains derrière la tête et suivez-nous». Un soldat s'approche de son chef et lui demande en français: «Où allons-nous faire cela? » L'officier lui répond dans la même langue: «Nous irons là derrière», tout en désignant les ruines de la maison Grégoire, le long de la route de Bastogne à Houffalize».
L'un des otages libérés regagnait son domicile quand il entendit claquer un coup de feu. Il se retourne et voit chanceler le curé de Noville, sur lequel venait de tirer l'officier commandant le peloton d'exécution. Au moment où le prêtre s'affaissait, de nouveau coups de feu retentirent, et les six autres victimes tombèrent à leur tour.

Les victimes
«Voici quelles furent les victimes du massacre de Noville: MM. l'abbé Louis Delvaux, né en 1894: Emile Rosière, né en 1910; Auguste Lutgen, né en 1899; René Deprez, né en 1910; Germain Deprez, né en 1915; Romain Henkinet, né en 1905; Roger Beaujean, né en 1923.
Toutes ces personnes furent abattues d'une balle dans la nuque. Elles furent toutes dépouillées de leur portefeuille». (…) Le même jour, un jeune Luxembourgeois réfractaire au service militaire, Michel Stranen, «fut passé par les armes au même endroit».
Les coupables
Les villageois sont unanimes à déclarer que les assassins devaient être des S.S. français, car l'écusson ornant leur casque était peint aux couleurs françaises. De plus, certains ajoutent: «c'était bien des volontaires français» et que «tous les soldats participants au massacre parlaient couramment le français» un ex-otage rapporte que les soldats qui l'ont capturé «connaissaient tous bien le français».
Au soir de ce 21 décembre, un soldat allemand déclara au secrétaire communal que c'était la «Gestapo» (1) qui avait exécuté les sept personnes «parce qu'on avait trouvé un porte émetteur dans le clocher de l'église. (…) Il y a tout lieu de croire qu'il s'agit d'une légende créée pour les besoins de la cause, laquelle, (…) devait servir à justifier les atrocités commises (…)». A Noville comme ailleurs, jamais «les Allemands n'ont apporté la preuve qu'ils avaient découvert un appareil de ce genre. Il n'en fut d'ailleurs jamais question au cours des simulacres d'interrogatoires auxquels ils astreignirent préalablement leurs victimes».
Avant la guerre, et jusque vers son milieu, la S.S. et la Gestapo se composaient exclusivement d'Allemands soigneusement sélectionnées. Au fur et à mesure de l'augmentation des pertes allemandes des étrangers, engagés volontaires dans les rangs allemands, y furent affectés. Ces unités opéraient sur l'arrière de l'armée régulière en éliminant des résistants imaginaires plutôt que réels.

L'enclos des fusillés d'après M. E. Massen
Le village libéré, MM. Louis, médecin à Bourcy, Lecomte, Bourgmestre de Noville et Massen, secrétaire communal f.f., identifièrent les corps entre le 25 et le 30 janvier 1945. Ceux-ci, avant d'être déposés dans des cercueils, gisaient, à peine recouvert de terre, dans trois trous d'une quarantaine de centimètres de profondeur.
Comme le nouveau cimetière – dont les travaux d'aménagement débutèrent en 1943 – était terminé, les victimes y furent immédiatement inhumées de part et d'autre de l'allée centrale.
Après l'exhumation des corps, les trous restèrent béants et au printemps 1945, par respect de la mémoire des fusillés, l'endroit fut provisoirement clôturé de fils barbelés et les trous comblés. Au retour des prisonniers de guerre, Noville étant pratiquement rasée, une cérémonie patriotique se déroula à cet endroit; des croix de bois provisoires y furent alignées.
La clôture se dégrada de plus en plus. Encore sous le choc et après avoir paré aux urgences de l'heure, les habitants de Noville furent d'avis qu'il «fallait faire quelques chose».
A l'initiative de l'Administration communale, de M. l'abbé Glaude, doyen, et des habitants, la conservation définitive du site fut décidée et la création de l'enclos tel que nous le connaissons aujourd'hui réalisée en octobre 1954. Le muret d'enceinte est l'œuvre de Louis Dourte, jeune entrepreneur qui se procura, dans l'ancien cimetière, les grilles couronnant le mur. Cloé Bemard exécuta le monument proprement dit. L'Administration loua les lieux par un franc symbolique et prit les mesures nécessaires à la conservation du site. Le financement de ce mémorial fut assumé par les villageois eux-mêmes.



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